Au commencement était le Jardin d'Eden, un paradis antédiluvien et particulièrement lointain avant que nos aïeux ne découvrent le feu. Tout n'était qu'harmonie, calme et volupté. Car, tout était ordonné divinement par les lois de la Nature. Les hominidés d'alors, comme les animaux, étaient régis par le cycle des naissances, par la nécessité de se nourrir au jour le jour, par le besoin de se reproduire, puis avec la vieillesse et la mort de disparaître pour mieux renaître. Ces homos adeptes du nomadisme primitif se nourrissaient de cueillette, de pêche, allant parfois jusqu'à la chasse, mais toujours sobrement et sans cruauté, comme le fait encore aujourd'hui n'importe quel félin chassant sa proie pour survivre et assurer la croissance de sa progéniture. En ce temps là, toutes ces créatures vivantes appartenaient intimement à la Nature et donc à Dieu, en tant qu'il était leur Créateur universel. Mais, dès l'instant où Ève a croqué dans le fruit de l'arbre défendu, soit le fruit de la connaissance, de l'intelligence, du Bien et du Mal, elle a acquis et transmis ce pouvoir de les distinguer et les commettre l'un et l'autre en parfaite connaissance de cause et, désormais, pour sa désobéissance, d'enfanter, de travailler, de mourir et connaître la souffrance (Gn 2.5-3.23), ce qui engendra les prémisses du chaos originel et perturba définitivement l'Harmonie divine qui régnait sur Terre. Aujourd'hui, l'Homme ne cherche plus sa pitance au jour le jour comme le lion continue de le faire. Il chasse sa proie par avidité, non pour se nourrir uniquement, mais pour faire commerce de sa prédation jusqu'au jour où, éternel insatisfait des richesses accumulées, il en vient à convoiter celles de son prochain, cherchant à le corrompre ou à lui faire la guerre pour le détruire, s'accaparer ses terres aux seules fins de s'enrichir et dominer ses semblables, dût-il se comporter en génocidaire. Et, c'est ainsi que toutes ces richesses dont certains jouissent sont pour le moins suspectes. Car, pour peu que l'on se donne les moyens d'en rechercher leurs origines profondes et lointaines, elles sont la plupart du temps le résultat des pires forfaitures cyniques et immorales : guerres, esclavages, barbaresques, spoliations, corruption, asservissement. Même le roi des animaux qui se contente d'une gazelle par mois ne pourra jamais se prévaloir d'un tel butin toute une vie durant tant qu'il reste et demeure une créature de Dieu. Tout au contraire de la créature humaine qui, en chassant mille gazelles par jour pour rassasier sa cupidité, a totalement échappé à son Créateur pour lui faire front, le soumettre et pourquoi pas l'anéantir si seul l'idolâtrie de l'argent venait à dicter sa conduite devenue insensée et irresponsable.
Dans cet extrait du documentaire de Wim Wenders "Le pape François, un homme de parole" sorti en 2018, le défunt pontife, parti il y a exactement une année, se demande pourquoi Dieu permet-il que des innocents souffrent ? Sa réponse réside dans le fait que Dieu a voulu l'Homme libre : Libre d'aimer ou de ne pas aimer et même d'haïr son prochain. Car, pour François, il ne peut pas y avoir d'amour sincère sans l'exercice de la pleine liberté. Puis, en se recueillant devant le mémorial de l'Holocauste juif de Yad Vashem, il questionne l'assistance au sujet de cette prétendue liberté que l'Homme s'est arrogée pour ne commettre pas moins qu'un génocide: «Homme qui es-tu ? Qui t'a corrompu ? Qui t'a défiguré ? Qui t'a inoculé la prétention de te faire maître du Bien et du Mal ? Qui t'a convaincu que tu étais Dieu ?» En la circonstance, n'aurait il pas été plus judicieux que le Saint-Père invoquât sans tabou, ni langue de bois, la figure du Diable, de l'Adversaire ou de l'Antéchrist que les Évangiles citent pourtant à maintes reprises (Jn 17.15, 14.30; Ep 6.16; Mt 4.3, 13.39; 1P 5.8; 2Co 6.15) ? Car, comme le disait l'écrivain et philosophe Albert Camus : «Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur de ce monde.» En ce Vendredi saint où les Hébreux firent porter la croix à Jésus de Nazareth jusqu'au lieu de sa crucifixion, une partie de leurs descendants actuels représentés par le gouvernement de Benjamin Netanyahu et ses ultra-orthodoxes ne sont-ils pas devenus à leur tour les oppresseurs du peuple palestinien en Cisjordanie, à Gaza et au sud du Liban avec comme régression ultime pour la seule démocratie existante au Proche-Orient la réintroduction de la peine de mort par pendaison pour ces Palestiniens reconnus coupables de crime terroriste ?




