Combien de fois n'a-t-on pas entendu cette phrase "prétexte" formulée par tous les journalistes du monde entier sans d'ailleurs qu'ils ne s'interrogent sur la portée exacte d'une telle expression ? Après avoir jeté en pâture aux médias et à la vox populi l'identité de prévenus, suspects ou en voie de l'être comme on le constate dans l'affaire Epstein, ces journalistes rappellent la gravité des faits commis qui sont susceptibles de leur être imputés, sans omettre toutefois de mentionner en fin de reportage ce sésame du journalisme qui permet de justifier la légitimité de tout ce qui vient d'être annoncé publiquement, soit que l'ensemble des susnommés bénéficie de la présomption d'innocence, même si le public a compris depuis fort longtemps qu'il s'agit d'une formule toute faite dissimulant davantage une présomption de culpabilité que d'innocence. J'en veux pour preuve les dégâts d'image irréversible que ces annonces provoquent et leurs corollaires sous forme de préjudices sociaux et économiques qui ne se font pas attendre et s'abattent déjà sur lesdits suspects avant même qu'ils ne soient condamnés par un tribunal.
C'est cet instant précis que rapporte le journaliste Fabiano Citroni à propos du couple Moretti qui ont été insultés et molestés le 12 février 2026 devant le tribunal valaisan par les familles des victimes de l'incendie de Crans-Montana. Néanmoins, à vouloir répéter obstinément et de façon intempestive que les Moretti bénéficient de la présomption d'innocence, le journaliste suggère (assurément sans s'en rendre compte) que, s'ils étaient reconnus coupables, les maltraitances et insultes des parties civiles pourraient être admissibles, voire justifiées. Or, dans le cas d'espèce, le principe qui prévaut n'a rien à voir avec la présomption d'innocence, mais simplement avec le fait que, dans un État de droit, les victimes d'infractions pénales, aussi durement fussent-elles meurtries, n'ont pas le droit de se faire justice. Et que si la situation s'y prête (absence de détention provisoire, mesures de sûreté insuffisantes décidées au demeurant par le Ministère public), il est humainement compréhensible qu'elles expriment leurs ressentiments et leur colère à la vue des prévenus dont on peut tout présumer, excepté qu'ils soient auréolés d'une innocence purificatrice. De grâce, ne rajoutons pas de la confusion à l'indignation qui a déjà atteint son paroxysme !



