Le site The Intercept a révélé en 2019 des messages montrant que le juge emblématique de "Lava Jato", Sergio Moro, avait conspiré avec les procureurs pour empêcher l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva de se présenter à la présidentielle de 2018. Pour rappel, Lula, donné favori par les sondages, avait été condamné à la prison et exclu brutalement de la course électorale par les juges. Ainsi, Jaïr Bolsonaro put remporter la présidence et, en guise de renvoi d'ascenseur, désigna Moro comme ministre de son gouvernement. Mais, ce mélange des genres fit grincer des dents et, après avoir été mis en cause par les médias, l'ex-juge démissionna, reprochant à Bolsonaro son ingérence. N'oublions pas également le procès d'intention fait à l'ex-Présidente Dilma Rousseff, héritière politique de Lula, qui une fois destituée n'a jamais fait l'objet de poursuites judiciaires pour les prétendues graves accusations de mauvaise gestion qu'on lui portait ! Son successeur illégitime Michel Telmer reconnut plus tard qu'il s'agissait uniquement d'un putsch. "Ce vaste scandale a montré que tordre les règles sapait l'ensemble de la justice et la démocratie", explique le constitutionnaliste Daniel Vargas. Quant au professeur de droit Pedro Serrano, il met en garde: "Aujourd'hui, on assiste à une dégénérescence du droit. Cette expression vient de la façon dont les juristes allemands décrivaient le droit durant le nazisme. Il y a une grande similitude à cet égard. Vous conservez la Constitution de manière formelle et vous procédez à l'érosion de sa signification. C'est ce qu'a fait Hitler en continuant de gouverner de manière dictatoriale sous la Constitution démocratique de Weimar. On retrouve ça dans divers pays du monde: Hongrie, Venezuela et au Brésil. J'appelle ça: l'autoritarisme liquide (...)"
«Père, ôte ce calice de ma vue.. !»
En 1973, Chico Buarque et Milton Nascimento enregistrent clandestinement ce chant choral pour dénoncer les accointances de l'Église avec la dictature militaire et la censure permanente de l'État brésilien, le mot "cálice" ayant un double sens signifiant le calice et l'injonction...«Tais-toi!». Il faut croire que, malgré la censure, la chanson a fini par remuer les consciences puisque quelques années plus tard l'Église s'est associée aux mouvements démocratiques pour mettre fin au pouvoir des militaires.
Tout juste cinquante ans plus tard, les (mêmes pour certains) artistes brésiliens ont résolument choisi leur camp en reprenant le slogan de la campagne électorale de 2002: «Sans la peur d'être heureux». Il était temps que le peuple brésilien réhabilite l'un des meilleurs présidents de son histoire.
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