Surnommé "L'Amiral" ou encore "Le vicomte", Olivier de Kersauson a fait des océans un terrain de jeu tout le long de son existence. Il fut le second d'Éric Tabarly. Puis, il décrocha plusieurs records dans des courses au large dont notamment le Trophée Jules-Verne en 1997 et 2004. Connu pour son franc-parler décapant, le marin se livre à Guyonne de Montjou. Morceaux choisis: "La Géorgie du Sud (les usines baleinières), ça sent vraiment le crime. C'est impressionnant. Quand j'avais vingt ans, j'étais allé voir les camps de la mort. Et, je me disais c'est pas possible ce qu'ils sont capables de faire. Cela m'a beaucoup aidé à ne jamais leur faire confiance. Je n'ai aucune confiance dans la nature humaine. Je ne pense pas que ce sont des salauds, mais c'est vite des cons et des faibles. Et, donc, il ne faut pas y rester, car le groupe (social) est vite dangereux. L'esprit de meute chez des gens sans âme est quelque chose de très dangereux. Aujourd'hui, notre monde est malheureux parce que les gens exercent des activités qui ne les construisent pas ou ne les satisfont pas. Quand j'étais petit, on parlait de la satisfaction du travail accompli. Si on compile des contrats d'assurance sur un ordinateur, il n'y a pas de quoi rentrer en sifflotant à la maison. En revanche, si on a fait une belle charpente, qu'on a fait une belle opération (chirurgicale) ou autre chose d'intelligent, on rentre heureux. C'est ce manque de joie d'avoir bien agi qui empêche le bonheur d'éclore (...) Et le commencement d'un vrai bonheur est indissociable de la liberté individuelle." (...) Et Dieu dans tout ça : "Certains cherchent, certains trouvent. Mais, l'idée de la religion m'a toujours plu intellectuellement. C'est comme quelqu'un que l'on peut remercier et cela permet à l'Homme de s'améliorer, et au corps social de vivre d'une meilleure façon." Enfin, on en saura pas plus sur ce lapsus que le navigateur révèle au détour d'une conversation sur sa propre mère devenue centenaire et qu'il associe à son niveau de méchanceté. Peut-être, laisse t-il entrevoir inconsciemment les raisons qui font que le jeune Olivier, plutôt que de vivre auprès des siens, a toujours préféré fuir, même s'il s'en défend, pour se confronter à toutes ces autres "mères" franches et hauturières qui, après s'être retirées, ont fait émerger les continents pour permettre aux hommes et à Dieu de s'accomplir ?